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mardi, 15 octobre 2019
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Un musée du Vin rue des Eaux

Ogoulbibi Marias, traduction de Jasmine Beaune0:09, 28 janvier 2017CulturesImprimer

L’idée de me rendre au musée du Vin m’est apparue il y a déjà quelque temps, lorsque je me promenais dans le 16ème arrondissement de Paris et que je me suis retrouvée tout à fait par hasard dans la rue des Eaux. En dessous du panneau indiquant la rue on pouvait lire l’inscription « Musée du Vin ». « C’est une blague ? » pensais-je, mais le temps pressait et j’avais à faire. Cependant cette question continuait de me trotter dans la tête.

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J’ai alors décidé de demander des informations au sujet du musée à des amis parisiens : les uns ont haussé les épaules, les autres ont ri en entendant cette drôle d’association. En jetant un coup d’œil sur le site du musée, les photos m’interpellaient et je m’interrogeais encore plus qu’auparavant. Si bien qu’enfin, je pris la décision de m’y rendre.

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Laissant derrière moi la place du Trocadéro et la tour Eiffel, je suivais les indications qui m'emmenèrent loin du quai bruyant vers la paisible rue de l’Eau. De toute part se dressaient de hautes constructions Haussmanniennes aux murs, immaculés, de pierres calcaires. Je pouvais distinguer les élégantes entrées des bâtisses à travers de grandes portes en verre dont l’encadrement en fonte semble brodé de dentelle.
20 mètres plus loin, au bout de la rue se trouve une minuscule place ou m’accueillait un élégant bâtiment de taille moyenne, datant manifestement d’une époque bien plus ancienne. Sur la façade, l’enseigne indique : « Caveau des Échansons de France. Musée du vin ».
Le mot échanson fait référence aux sommeliers du temps de la monarchie française. Le sommelier était obligatoirement un homme d’origine aristocrate, il avait pour mission de servir le vin au roi et à d’autres invités haut placés.

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Aujourd’hui, c’est le nom de la fédération des professionnels et amateurs appartenant à la Confrérie bachique. Elle regroupe mille membres qui se sont donné pour mission de préserver l’artisanat viticole et ses traditions, de veiller à ce que les principes de l’industrie du vin restent intacts à travers le monde. La Confrérie organise de prestigieux événements en France et à l’étranger, consacrés au thème de l’œnologie. Le musée du Vin est le quartier général du conseil de la Confrérie des « Échansons de France ».
En franchissant le seuil du musée, on se retrouve de façon inattendue dans une ancienne taverne aux murs sombres et ébréchés, où le bas plafond vouté se divise en arcades de pierres taillées. Comme on peut s’en douter, ce n’est pas un simple musée : plusieurs salles se trouvent sous le restaurant.

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En théorie, cet endroit est le lieu de réunion des membres de la Confédération, mais il est ouvert à tous. Ici, n’importe quel jour de la semaine, il est possible de déjeuner, de réserver l’endroit pour une soirée d’entreprise ou encore d’assister à un séminaire ou un cours d'œnologie. Il se trouve que la mission de la Confrérie « les Échansons de France » ne consiste pas qu’en la préservation de l’œnologie : ses membres cultivent également des vignobles dans la région de Toulouse et vendent leur production. Il est possible de déguster les vins de différentes sortes, produits pour ainsi dire dans leur « domaine ». On peut également y déguster des vins de toutes les autres régions de France.

Mais il est préférable de remettre la dégustation à plus tard. Dans un premier temps, il faut observer et comprendre ce mystérieux endroit, comment il a pu être préservé jusqu’à aujourd’hui. En face des salles court un tunnel forgé de ces mêmes pierres, ce qui confère à l’endroit des allures de grotte. Ce tunnel est l’endroit où commence la visite du musée, qui se poursuit par des galeries : d’anciennes carrières où les pierres ayant servi à construire la ville de Paris, ses rues, ses ponts et ses bâtiments entre le XIIIe et le XVIIIe siècle furent extraites.

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C’est ce même calcaire qui a été travaillé à partir de la couche géologique, connue sous le nom de formation Lutétienne. Il est communément appelé « le calcaire de Paris ». Beaucoup de monuments parisiens comme Notre-Dame et la basilique Saint-Denis ont été construits avec ce calcaire. En regardant les murs du musée, on peut entrevoir des traces de coquillages dans la pierre, ce qui laisse imaginer la présence en ce lieu d’une mer chaude il y a environ 40 à 48 millions d’années. En s’aventurant à l’intérieur des galeries, on a l’impression d’être dans un donjon. Le fait est que les carrières ont été creusées dans la roche, sous la colline de Passy.

Au XIVe siècle, à proximité de carrières, les moines franciscains de l’Ordre des Minimes ont obtenu des terres et y construisirent un monastère (l’actuelle rue Beethoven). Les carrières abandonnées ont été aménagées et les murs renforcés, ils abritent maintenant des caves à vin. Il ne faut pas oublier qu’il a fallu attendre le XIXe siècle avant que ce lieu ne soit rattaché à Paris, sous le gouvernement Haussmann. Ainsi, au XIVe siècle, à cet endroit se trouvaient des champs appartenant pour la plupart à des moines de trois monastères parisiens, propriétaires de maisons de campagne. Sur les collines de la rive droite de la Seine, des jardins, des potagers et en grande partie des vignes ont été cultivés.

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Aujourd’hui Paris et ses environs ne font pas partie des régions viticoles de France. Mais, comme l’affirment les archéologues, sur la colline de Chaillot (l’actuelle place du Trocadéro), les premières vignes ont été plantées en l’an 52 avant J. -C. !
En 281, Rome a autorisé la plantation de vignes sur l’ensemble de Lutèce. Ainsi la vinification est devenue l’une des principales activités des villageois de la région parisienne. Les vignes ont été cultivées tout autour de la ville. Les vins étaient consommés sur place, car à cette époque il était impossible de les transporter. C’est surtout du vin blanc qui était produit. Les moines produisaient du vin pour le culte religieux et pour les dîners de la noblesse.

Le bruit court que le vin des moines des Minimes aurait particulièrement plu à Louis XIII, qui, en revenant de la chasse à Versailles, s’arrêtait déjeuner au monastère. Le plus souvent, les moines récoltaient plus de vin qu’il ne leur en fallait, ils le vendaient alors aux Parisiens.

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Sur le plan de Paris, deux rues témoignent de cette époque viticole de la région : la rue Vineuse et la rue de Vigne. Le nom de la rue des Eaux n’est pas un hasard. Lorsqu’au moyen-âge les mineurs creusaient la carrière sous la colline de Passy, de l’eau jaillissait des pierres, ici et là, de manière totalement inattendue. C’est ainsi que les sources d’eau minérale ont été découvertes. Dans le musée du Vin, vous pouvez admirer un puits dont les barreaux flottent au milieu des clapotis de l’eau venue des profondeurs.

Les XVII et XVIIIe siècles virent l’apogée des stations balnéaires. Des notables parisiens, des artistes et des écrivains se rendaient à Passy pour se détendre, respirer l’air frais et se soigner grâce aux pouvoirs de l’eau ferrugineuse. Au XIXe siècle, les sources d’eau minérale se sont taries et les sanatoriums ont fermé.

Pendant la révolution Française, les monastères furent détruits et les moines dispersés. Mais les caves à vin des révolutionnaires restèrent intactes et conservèrent apparemment leur fonction initiale. Puis elles furent peu à peu oubliées. Il a fallu attendre les années 50 pour que les anciennes carrières sortent de l’ombre. Le propriétaire du restaurant de la tour Eiffel, situé presque en face des caves, y conservait ses vins. En 1981, la Confrérie des « Échansons de France » lui rachetait ce lieu unique pour y placer sa collection.

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Les galeries des anciennes carrières s’étendent sur 7 km, mais le musée n’occupe qu’une petite partie de cette surface (250 mètres). Ici sont exposés 2 200 objets témoins de 2 millénaires de l’histoire de la fabrication du vin. Le musée est célèbre dans le monde entier. Les plus anciennes expositions datent du Ier siècle avant J. -C.: des moulages en cire de moines, de vignerons, d’échansons, de vendeurs, des outils, des machines de différentes sortes et de différentes époques, des cruches, d’exotiques récipients, des films, tout cela représente les diverses régions viticoles de France et permet de comprendre le développement et la gestion de la vigne, les étapes de la production et du vieillissement de la boisson de Bacchus, la fabrication des fûts, la production de champagne et de cognac.

Ici on peut découvrir pourquoi les vins ne pouvaient pas être transportés, comment les vignerons luttèrent contre les parasites qui décimaient les vignes sur d’immenses territoires et bien plus encore. Le musée ne prétend pas être une encyclopédie de tous les vins français, mais ce qui est important, comme le dit le conservateur du musée Jean-Jaсques Hervy, ce sont « les expositions choisies pour mettre en valeur les caractéristiques de la viniculture, chaque objet est unique et montre toute l’imagination, le rêve et l’amour que le viticulteur mets dans son travail. Chaque objet a vécu une longue vie et est le témoin oculaire des époques passées, du talent des maîtres de la viniculture ».

Dans le musée du vin m’attendait également une agréable surprise : l’exposition temporaire « Couleurs des vignes » de Larissa Nouri, peintre coloriste, née en Biélorussie et qui vit désormais à Paris. Les tableaux de Larissa représentent la palette de couleurs de chaque jour de l’évolution des vignes, ils décorent et donnent vie aux anciens murs du musée.

Les personnes intéressées par l’exposition doivent se dépêcher, elle ne durera que jusqu’au 7 février.
Jours d’ouverture du musée : Du mardi au samedi de 10h à 18h
Adresse : 5, Square Charles Dickens — Rue des Eaux — 75016 Paris

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