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mardi, 15 octobre 2019
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Une grande exposition dans la petite galerie de la rue Jacob Les 70 ans de la galerie Dina Vierny

Kira Sapguir, traduction de Jasmine Beaune0:56, 1 février 2017CulturesImprimer

Un joyeux charivari a eu lieu le 25 janvier dans l’étroite galerie de la célèbre rue Jacob dans le 6ème arrondissement de Paris ! On aurait dit que l’atmosphère bouillonnante du boulevard Saint-Germain y avait élu domicile !

©Борис Гессель

«Les Bobos » ou « Bourgeois-bohème » : les critiques d’art, les artistes et les designers les plus à la mode tourbillonnaient littéralement dans les petites salles entre les peintures et les sculptures. Les organisateurs collaient en riant des pastilles rouge sur le front ou la boutonnière des visiteurs, comme s’ils venaient de les vendre comme pièces de collection. Ayant reçu la pastille, les « pièces vendues » se sont rendues dans un débit de boissons situé en face, et chacun leva son verre en l’honneur de la légendaire galerie, inaugurée il y exactement 70 ans et de sa toute aussi légendaire fondatrice, Dina Vierny...

©Борис Гессель

Mais permettez-moi de faire un arrêt sur image et vous raconter une petite histoire de mes archives personnelles.

...Imaginez un marché dans le quartier Latin au mois de juillet. L’air est chargé de senteurs de baies et de fleurs, le panier en osier tressé d’une magicienne trapue aux cheveux couleur corbeau et aux yeux sombres de brigand semble flotter à son bras. Sur son cou dur et basané pend une antique amulette en or : un phallus ailé... La magicienne demande le prix des framboises. Le vendeur lui baise respectueusement la main. Je reconnais la muse de Maillol : Dina Vierny, mécène, millionnaire et collectionneuse, propriétaire de la célèbre galerie d'art de la rue Jacob.

Sous les anciennes voûtes du sous-sol de la galerie où se trouvent des sculptures, l’une d’entre elles, en bronze, se pavane au centre : une jeune femme gracieuse aux formes généreuses, avec la beauté et les formes des déesses antiques : l’idéal du grand Maillol. Ses sœurs trônent avec une fierté nonchalante le long de la courtine et des allées du Jardin des Tuileries. Ces œuvres de Maillol ont été offertes par son modèle à la République Française dans les années 1970.

В. и Р. Янкилевские ©Борис Гессель

Dina Iakovlevna Vierny (nom de jeune fille Aibinder, 1919—2009), la Junon de notre époque, est née à Chisinau dans une famille de musiciens. Puis la famille déménagea à Odessa. En 1926, Dina alors âgée de 7 ans, quitta cette ville portuaire d’aventuriers et de poètes pour émigrer avec ses parents à Paris.

Le modèle trouva lui-même son maître

La jeune femme s’épanouit tôt. L’adolescente était d’une maturité et d’une beauté triomphante. Selon l’histoire bien connue de tous, la jeune Dina se serait retrouvée par hasard dans la résidence de Maillol, 74 ans à Marly-le-Roi. C’est à partir de ce jour qu’a commencé leur histoire, vieille comme le monde de l'art. Le maître avait trouvé son idéal. Le modèle son mentor.

Dina a posé pour Maillol durant les dernières années de la vie du sculpteur. Le résultat de ce travail : des centaines de pastels, de toiles, de dessins, des dizaines de monumentaux en bronze, parmi lesquels des chefs-d’œuvre : « La Rivière », « La Montagne » et « L’Air ».

La Deuxième Guerre mondiale éclata. Dina et Maillol déménagèrent à Banyuls, la petite ville natale du sculpteur. Durant ces années, elle participa à la Résistance en faisant passer des réfugiés juifs en Espagne à travers les Pyrénées. Elle fut arrêtée et incarcérée à la prison de Fresnes. Elle a miraculeusement échappé au four crématoire grâce à Arno Breker, le sculpteur officiel du Troisième Reich, passionné par Maillol. C’est ce « Voutchetitch hitlérien » qui a organisé l’évasion de Dina ...

En 1944, Maillol décède dans un accident de voiture à Banyuls (il semblerait que ce soit un coup monté en lien avec l’acte de Breker). Le sculpteur n’a pas eu le temps de terminer la monumentale sculpture « Harmonie » sur laquelle il travaillait en collaboration avec Breker et pour laquelle Dina a posé.

©Борис Гессель

Devenue l’exécuteur testamentaire du maître, Dina Vierny ouvra la galerie en 1947, près du boulevard Saint-Germain. Elle a bénéficié des bons conseils de ses amis : Matisse, Duchamp et Dufy. Depuis les années 50, les œuvres des maîtres de l’après-guerre de la nouvelle École de Paris sont exposées dans la galerie parisienne : Serge Charchoune et Serge Poliakoff, musicien-peintre faisant partie du mouvement abstrait, que Dina a fait découvrir au monde. A l’occasion de l’exposition-anniversaire, l’Envolée lyrique de Poliakoff (1955) ornait le mur de la salle centrale de la galerie.
Au milieu des années 60 dans la galerie de la rue Jacob furent exposées des œuvres non-conformistes de la Russie soviétique...
Il était une fois, dans le froid hivernal...

Encore une scène du passé. L’hiver moscovite, le froid mordant. Sur le boulevard Prospekt Mira, nous faisons les cent pas à une station de taxi. De façon inopinée, la voiture tant attendue arrive et nous file directement sous le nez, embarquant une fringante femme : manteau de fourrure déboutonné, le teint basané et une antique amulette en or pendue à son cou ... Je la reconnais : c’est Dina Vierny, elle doit certainement se hâter vers les ateliers d’artistes encore inconnus à l’Ouest : Vladimir Yankilevsky, Erik Bulatov, Ilya Kabakov, Lidiya Masterkova.

Par des chemins secrets, Dina Vierny achemine leurs œuvres à l’Ouest : ainsi « Passeport » d’Oscar Rabine, les installations de Kabakov, et la « Porte », une géante sculpture conceptuelle de Yankilevsky passent la frontière. Dina fut la première à organiser l’exposition dans la galerie de la rue Jacob du jeune Pétersbourgeois Mikhaïl Chemiakine avant qu’il n’émigre.

©Борис Гессель

En mémoire de cette épopée, sur les murs de la galerie Dina Vierny sont aujourd’hui exposées des créations non-conformistes de la pléiade. Dans l’entrée est exposée dans un cadre doré « Stolichnaya » d’Oscar Rabin (1964), plus loin, perdue dans un bleu azur, « La Mouche » de Kabakov (1974) tout près de l’ « Autoportrait » d’E. Bulatov (1977) et de l’« Autoportrait de Rembrandt » en relief de V. Yankilevsky (1991).

« Le musée Maillol, c’est moi »

En 1995, dans la rue de Grenelle dans le 7ème arrondissement de Paris, le majestueux musée Aristide Maillol ouvrait ses portes, c’est la création la plus importante de Dina Vierny. Le nom complet du musée est la Fondation Dina Vierny — musée Maillol. Dans cet espace (d’une superficie totale de 4 250 m2) cohabitent Matisse, Bonnard, Picasso, Dufy et des artistes russes que l’on qualifie, en grande partie grâce à Dina, de « maîtres conceptuels ».

О.Лоркен, сын Д.Верни , ныне директор Фонда ©Борис Гессель

« Le musée Maillol, c’est moi » disait Dina Vierny. « C’est un rêve devenu réalité. Pour réaliser un tel rêve, il était nécessaire d’être en partie stoïcien et en partie fou. Mais je me suis littéralement sentie pousser des ailes lorsque j’imaginais ce que cela allait apporter aux gens... »
« Ce n’est pas seulement un musée », estime l’artiste V. Yankilevsky, « C’est un hommage à la chaleur et à l’amour que Dina a donné toute sa vie. En ce sens, le musée est absolument unique, il n’a pas d‘équivalent... »

... Quel est le plus grand talent de Dina Vierny ?

Son talent de galeriste ? Son esprit aventurier ? Non. Ce serait plutôt son incroyable chance. Dina Vierny est née sous une bonne étoile, qui l’a aidé dans la réalisation de tous ses projets, en commençant par le premier : la galerie de la rue Jacob.
On dit qu’un verre d’eau ne peut pas contenir tout l’océan. Mais, il s’avère qu’il existe des exceptions, dont le témoin historico-culturel au croisement du passé et du futur : la petite galerie abritant du grand art.

Le nom de ce miracle : la galerie Dina Vierny.

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4 commentaires

  1. Ирина dit :

    Прекрасный портрет Дины, исполненный чудесной Кирой.

  2. Кира - Ирине dit :

    Как чудесно! Спасибо!

    Ваша Кира

  3. От редакции dit :

    В редакцию пришло письмо от директора галереи Оливье Лоркина, который не во всем согласен со статьей о его матери — Дине Верни.

     

     

    Chère Madame,

    Je vous remercie de votre article sur votre blog mais je vous prie de bien vouloir prendre note des corrections ci-dessous en rouge :

     

     

    Le modèle trouva lui-même son maître

     

    .../... Selon l’histoire bien connue de tous, la jeune Dina se serait retrouvée par hasard dans la résidence de Maillol/ Non, elle a été présentée à Maillol par l'architecte Jean-Claude Dondel, l'ami de l'artiste

     

     

    Dina a posé pour Maillol durant les dernières années de la vie du sculpteur. Le résultat de ce travail : des centaines de pastels, de toiles, de dessins, des dizaines de monumentaux en bronze,/ une dizaine de monumentales parmi lesquels des chefs-d’œuvre : « La Rivière », « La Montagne » et « L’Air ».

     

     

    La Deuxième Guerre mondiale éclata. Dina et Maillol déménagèrent à Banyuls, la petite ville natale du sculpteur / Maillol fuit la folie des hommes à Banyuls. Dina le rejoint pour poser pour lui et s'inscrit à l'Université de Montpellier

     

     

    En 1944, Maillol décède dans un accident de voiture à Banyuls (il semblerait que ce soit un coup monté en lien avec l’acte de Breker). Le sculpteur n’a pas eu le temps de terminer la monumentale sculpture « Harmonie » sur laquelle il travaillait en collaboration avec Breker et pour laquelle Dina a posé. Faux. Maillol n'a jamais travaillé avec Breker, il a posé pour lui car ce dernier a sauvé Dina des mains des nazis à la demande de Maillol. Maillol n'a pas été tué par la résistance, il est mort des suites d'un accident de voiture. Breker n'est pas intervenu sur la sculpture Harmonie.

     

     

    Devenue l’exécuteur testamentaire du maître / Dina n'est pas devenue l'exécuteur testamentaire de Maillol, elle a hérité de son fils Lucien mort en 1972.

     

     

    Il était une fois, dans le froid hivernal...

     

    Encore une scène du passé. L’hiver moscovite, le froid mordant. Sur le boulevard Prospekt Mira, nous faisons les cent pas à une station de taxi. De façon inopinée, la voiture tant attendue arrive et nous file directement sous le nez, embarquant une fringante femme : manteau de fourrure déboutonné, le teint basané et une antique amulette en or pendue à son cou ... Je la reconnais : c’est Dina Vierny, elle doit certainement se hâter vers les ateliers d’artistes encore inconnus à l’Ouest : Vladimir Yankilevsky, Erik Bulatov, Ilya Kabakov, Lidiya Masterkova Oscar Rabine.

     

     

    Par des chemins secrets, Dina Vierny achemine leurs œuvres à l’Ouest : ainsi « Passeport » d’Oscar Rabine, les installations de Kabakov, et la « Porte », une géante sculpture conceptuelle / non c’est une installation de Yankilevsky

     

     

    En mémoire de cette épopée, sur les murs de la galerie Dina Vierny sont aujourd’hui exposées des créations non-conformistes de la pléiade. Dans l’entrée est exposée dans un cadre doré « Stolichnaya » d’Oscar Rabin (1964), plus loin, perdue dans un bleu azur, « La Mouche » de Kabakov (1974) tout près de l’ « Autoportrait » d’E. Bulatov (1973) et de l’«Autoportrait avec Rembrandt » en relief de V. Yankilevsky (1991).

     

     

    « Le musée Maillol, c’est moi »

     

    En 1995, dans la rue de Grenelle dans le 7ème arrondissement de Paris, le majestueux musée Aristide Maillol ouvrait ses portes, c’est la création la plus importante de Dina Vierny. Le nom complet du musée est la Fondation Dina Vierny — musée Maillol. Dans cet espace (d’une superficie totale de 4 250 m2) cohabitent / ont cohabité les oeuvres de Matisse, Bonnard, Picasso, Dufy et des artistes russes que l’on qualifie, en grande partie grâce à Dina, de « maîtres conceptuels » jusqu’en 2000

     

     

    Avec mes remerciements.

    Bien à vous,

     

     

    Olivier Lorquin

    Directeur de la Galerie Dina Vierny

    E : dinaviernygalerie@orange.fr

  4. Кира Сапгир - A Monsieur Olivier Lorquin Directeur de la Galerie Dina Vierny dit :

    Cher Monsieur, je vous remercie pour vos corrections et je ne manquerai pas de les prendre en compte dès que possible. Bien à vous Kira Sapguir

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