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vendredi, 14 août 2020
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Gauguin l’alchimiste

Elena Iakounine, traduction de Alison Périé0:23, 26 décembre 2017CulturesImprimer

Actuellement à Paris, se déroule une exposition rétrospective du peintre au Grand Palais.

Vue de l’exposition Gauguin l’alchimiste (8), scénographie Nicolas Groult et Valentina Dodi, © Rmn-Grand Palais / Photo Didier Plowy

En revanche, il est important de noter qu’il n’est pas seulement peintre, loin de là. Paul Gauguin est bien plus que cela. Commencez par porter votre attention sur la vaisselle abondante présentée dans les vitrines, sur les vases en céramiques et les cubes en bois avec des motifs représentants des indigènes, des habitants d’îles lointaines.

Gauguin vivait presque dans une économie naturelle. Il créait beaucoup d’objets de la vie de tous les jours à la main. Il sciait, sculptait, pour ensuite polir et peindre.

Il peignait des pastorales sur la vie insulaire, telles que les Pastorales tahitiennes. Elles représentent l’homme qui ne fait qu’un avec la nature, qui est son sang et sa chair. Comme un papillon, un fruit tropical, ou encore de l’eau, tout dans le lointain et l’irréel était uni et indivisible pour l’européen : c’est cette harmonie qui fascinait et attirait tant Gauguin.

Ahaoe Feii ? (Eh quoi ! Tu es jalouse ?), 1892, huile sur toile, Moscou, musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine

C’est à cela que doit ressembler le paradis. La paix éternelle. La sérénité. L’absence de désir. La tranquillité. Tout cela se retrouve dans les tableaux. Ce sont eux, les habitants locaux, les aborigènes.

Mais la vie de l’artiste était loin d’être ce long fleuve tranquille. Il a eu quelques moments d’idylles, des moments de bonheur qui ne duraient qu’un instant.

Un film est sorti cet automne à l’occasion de l’ouverture de l’exposition « Gauguin, un voyage à Tahiti » au Grand Palais à Paris.

Toute la vérité sur la vie de l’artiste est révélée dans le film, celle qu’on ne peut lire dans les œuvres de Gauguin. C’est Vincent Cassel qui joue le rôle principal. Il joue sans en faire trop, tout en faisant une très forte impression sur les spectateurs et montrant ainsi l’envers des toiles du peintre.

В залах выставки. Фото автора

C’est l’histoire d’un banal employé de banque qui adorait dessiner le dimanche, s’est mis à peindre des tableaux, puis a fini par faire la connaissance d’artistes impressionnistes qui l’ont fait tomber amoureux fou de l’art… Voilà l’histoire que nous connaissons tous.

Ce que nous savons moins, c’est qu’après avoir quitté son travail et s’être lancé corps et âme dans l’art, Gauguin a plongé dans une vie sombre et morne de dettes et de pauvreté. Il passait son temps dans des cabarets miteux avec ses amis artistes, parlant de la nécessité de partir de la France, ce pays où personne ne veut de leur art. Là-bas, derrière les océans, il y a de nouvelles couleurs, de l’inspiration. Là où ils pourront créer quelque chose de frais, de neuf. Le public s’exclamera, les critiques apprécieront.

Sauf que mis à part lui, personne n’est jamais parti. Il a laissé sa femme et ses cinq enfants, ou plus exactement, il les a envoyés au Danemark, dans son pays natal. Sur les îles, une palette de couleur tout à fait nouvelle l’attendait, ainsi que de nouveaux horizons. En revanche, l’y attendaient également plus de misère et de maladies.

Sa femme faisait énormément d’efforts pour lui envoyer de l’argent et des couleurs, parfois même aux dépens de ses enfants. De manière générale, les femmes d’artistes ont toujours été et sont encore aujourd’hui de véritables saintes.

Cependant, cela n’empêchait pas le peintre de se plaindre de sa femme qui selon lui ne savait pas choisir les couleurs. Il lui fallait ses préférées : du rouge vif, du jaune, du bleu foncé, et de l’ocre. C’était le seul moyen pour lui de représenter le paradis tahitien, qui s’apparentait en réalité à l’entrée du purgatoire.

Manaò tupapaú (L’Esprit veille, dit aussi L’Espritdes morts veille, 1892, huile sur toile de jute marouflée sur toile ; Buffalo, New-York, collection Albright-Knox Art, Gallery, collection A. Conger Goodyear, © Albright-Knox Art Gallery

Dans le biopic, cette atmosphère paisible de la vie sur les îles est parfaitement transmise, le mythe (ou la réalité ?) est recréé. Les critiques avaient accueilli le film avec réserve, expliquant entre autres qu’à notre époque, il serait peu probable qu’une telle idylle soit approuvée par le public.

L’histoire d’amour qui a inspiré les plus belles œuvres de la période durant laquelle Gauguin vivait à Tahiti a été interdite à cause de sa relation avec une mineure (bien que consentante) qui provoquerait une vague de protestations aujourd’hui.

Gauguin avait alors 43 ans, Tehura 13 ans. Cette rencontre a eu lieu sur le territoire d’une colonie française à la fin du 19e siècle. A cette époque, les indigènes étaient considérés comme des sauvages, et l’homme blanc avait beaucoup de pouvoir et de libertés.

Les très jeunes filles ont en effet beaucoup inspiré Paul Gauguin. Néanmoins, cela n’empêche pas le visiteur contemporain de s’extasier devant les corps allongés sur un fond de nature luxuriante.

Te nave nave fuena (Terre délicieuse), 1892, huile sur toile ; Kurashiki, Ohara Museum of Art © Ohara Museum of Art, Kurashiki

Globalement, on peut dire que la vie de Gauguin était loin d’être exemplaire : elle se constituait d’alcool, de jalousie permanente envers Tehura, de dettes ou encore de lettres exigeant de l’argent destinées à sa femme.

Pourtant, une grâce surnaturelle règne dans les salles de l’exposition. Comment cela est-il possible ? C’est une énigme qui ne peut être résolue.

La plus grande collection de Gauguin se trouve au musée d’Orsay de Paris. Le public russe est également familier avec les œuvres de Gauguin grâce au musée Pouchkine et à l’Ermitage.

La Russie possède des œuvres magnifiques de l’artiste, et le Grand Palais est très heureux d’avoir pu obtenir des pièces exceptionnelles – ces mots proviennent de la brochure qui décrit les objets exposés étant arrivés à Paris.

В зале Гран Пале. Фото автора

Avec les vacances de Noël qui approchent, Paris s’attend comme chaque année à recevoir un nombre très important de touristes, provenant de France ou de l’étranger.

Des couleurs chaudes, une vie sans hâte, une longue période du temps, une lointaine et presque irréaliste Polynésie… tout ce que Paul Gauguin nous a laissé, vous pouvez venir le voir au cœur de la capitale, entre les Champs-Elysées et le pont Alexandre III. Mais seulement jusqu’au 22 janvier 2018.

 

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