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jeudi, 23 novembre 2017
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Quand les Français chantent

Texte, photos: Ogoulbibi MARIAS0:12, 20 mai 2017CulturesImprimer

Le festival du film russe « Quand les Russes chantent... » s'est tenu il y a peu de temps, de là s'est posée la question : Quand est-ce que les Français chantent?
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Le fait que les Russes aiment chanter n'a rien de nouveau. Dans les soirées en France, nous, les Russes, aimons chanter nos chansons préférées. J'ai essayé de me souvenir dans quelle soirée organisée par des amis français nous avons chanté. Les Français préfèrent discuter plutôt que chanter (sauf si ce sont des musiciens). Peut être que le vin ou l'ambiance ne les mettent pas dans de bonnes dispositions pour chanter.
Mais il y en a quand même qui aiment cela. Dans tous les conservatoires municipaux, il existe des chœurs pour adultes, où s'inscrivent les amateurs de chants. Ils préparent un programme et se produisent sur scène une ou deux fois par an. Mais tout le monde n'a pas le temps de pratiquer régulièrement cette activité, et encore moins de faire des concerts. Certains veulent parfois simplement chanter pour le plaisir, avec des amis.

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Элизабет Бургина с аккордеоном | Elisabeth Bourguinat avec son accordéon

Heureusement, les Parisiens ont cette possibilité grâce au collectif « Bachiques Bouzouks ». Il s'agit d’un groupe de musiciens et de chanteurs qui organise ses fêtes à des jours correspondant à des événements précis. Ils distribuent des livrets avec les paroles des chansons à tous ceux qui le souhaitent, et chantent des chansons célèbres — populaires ou d'auteurs dans les rues de Paris.

Ce collectif a été crée en 1995, où tout a commencé de manière inopinée. Pendant la fête de la musique, à l'école Saint-Germain l'Auxerrois, dans le 1er arrondissement, le directeur a demandé à des parents jouant d'un instrument de parler de celui-ci aux enfants.

Elisabeth Bourguinat* a apporté son accordéon, et a commencé à en jouer. Puis d'autres parents se sont approchés et ont commencé à chanter. On lui a alors demandée de venir avec son accordéon à la fête de l'école. Une personne a apporté des copies de textes de chansons célèbres, et plein d'autres personnes enthousiasmées se sont jointes à elle. Puis la décision a été prise de ne pas attendre la prochaine fête de l'école pour se rassembler et chanter, mais de le faire dans un autre endroit. Au début, les rassemblements se faisaient dans des cafés, sur les quais ou sous les ponts. Ils apportaient des collations et du vin, et invitaient tous les passants intéressés par leurs chansons à se joindre à leur pique-nique. Il y avait toujours plus de monde qui venait écouter leurs chansons.

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Un jour, quelqu'un a appelé ces rencontres les « Bachiques Bouzouks » pour plaisanter, et le nom a plu à tout le monde, à cause du jeu de mots combinant les termes relatifs au vin (Bacchus) et à la musique, avec la célèbre expression du capitaine Haddock, l'un des personnage principal de la bande-dessinée belge « Tintin ». Et c'est comme ainsi que ce nom cocasse, qui met tout le monde de bonne humeur, est resté.

C'est ainsi qu'est né, dans le centre de Paris, le collectif totalement insolite « Bachiques Bouzouks ». Le contrebassiste Yves, Alban et son banjo, et huit chanteurs ont ainsi rejoint Elisabeth. Ils se rassemblent pour répéter, discuter du répertoire, qu'ils mettent à jour une fois tous les deux ans. Grâce à un mécène, ils détiennent une compilation de 130 chansons, et au fil des années, le groupe a crée ses propres règles et traditions. Ils organisent toujours leurs fêtes à ciel ouvert, afin que tous ceux qui souhaitent y participer puissent le faire.

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Ils ne se rassemblent à l'intérieur qu'en cas de mauvais temps. Il y a au total huit fêtes Bachiques Bouzouks par an : pendant la fête de la musique, la chandeleur, la fête du printemps, la fête du Beaujolais nouveau, etc. Mais ils se réunissent aussi d'autres jours. Tous les événements sont communiqués sur le site, et tous ceux qui laissent leur adresse e-mail reçoivent des notifications. Les « Bachiques Bouzouks » sont devenus tellement populaires, qu'ils sont invités à se produire dans différents endroits. Ils refusent cependant les invitations aux événements personnels (mariage, jubilé, etc.).

« Notre but est de chanter pendant les fêtes ouvertes à tous et cela, gratuitement », explique Elisabeth. « Nous acceptons les invitations à chanter dans les maisons de retraite, pour les sans domiciles fixes ou dans les centres socioculturels... », poursuit-elle.

Quand j'ai préparé cet article sur Elisabeth, je voulais une photo d'elle, je suis donc allée à la fête « Bachiques Bouzouks » de février. La salle au plafond bas, au coin de l'église Saint Eustache, était remplie de monde. Mais grâce à mon appareil photo, j'ai réussi à me glisser aux premiers rangs.

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Prendre une photo était difficile, car il faisait sombre, Elisabeth bougeait constamment, jouait de l'accordéon, et quand la musique se calmait, elle criait le numéro de la page à prendre. Tout le monde feuilletait rapidement le livret et se mettait à chanter. Les chansons étaient toutes différentes, il y avait des chansons populaires françaises, des chansons folkloriques urbaines ou encore des chansons d'auteurs. Ils chantaient parfois en italien ou en espagnol. Les personnes autour de moi chantaient avec une telle passion et détermination, qu'ils m'ont communiqué leur enthousiasme. Je regardais les paroles dans le livret de ma voisine, qui l'avait approché de moi.

Je pensais seulement photographier Elisabeth et m'en aller, mais je suis restée jusqu'à la fin de la soirée, qui a duré trois heures. La mélodie de nombreux morceaux m'était familière, et lire les paroles était très intéressant. Entre les chansons, ma voisine me racontait qu'elle venait à chaque fois que le collectif se rassemblait. Elle avait préparé une tarte et m'avait convaincu de la goûter. L'atmosphère qui régnait était incroyablement joviale et agréable et ne me donnait absolument pas envie de partir. J'ai demandé à Elisabeth d'enregistrer mon adresse e-mail et je suis revenu plusieurs autres fois pour les écouter et chanter avec eux, au jardin du Luxembourg, et au parc Montsouris.

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Le 21 juin, le jour de la fête de la musique, le ciel était couvert et les nuages planaient au dessus de Paris, mais cela n'a pas effrayé les « Bachiques Bouzouks » et leurs fans. Ils se sont tous rapprochés de l'église Saint-Eustache dans la bonne humeur. Il a tout de même plu, mais de manière éparse. Une personne âgée, souriante, et assise sur les marches de l'église m'a montré ses textes, qui étaient sous une pochette plastique, pour que la pluie ne les abîme pas, et cela faisait plusieurs années déjà qu'elle venait aux fêtes « Bachiques Bouzouks ». Elisabeth a chanté une chanson sur le soleil et après la chanson, la pluie a cessé.

Puis elle a décidé de chanter « Les nuits de Moscou », car elle m'avait remarquée parmi la foule. Ceux qui parlaient russes ont chanté le premier couplet, puis nous avons chanté en français. Cette chanson est connue en français sous le nom « Le temps du muguet ». Les Bachiques  Bouzouks parfois choisissent des chansons en fonction d'un thème précis. Un jours  ils ont  choisi des thèmes liés à la révolution, et  Elisabeth prévenait que ceux qui étaient contre les chansons « L'international » ou « La varsovienne » pouvaient chanter à cause du charme de la mélodie ou en souvenir des communards qui rêvaient d'un avenir meilleur.

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En fait, les chansons possédent une force extraordinaire, ells sont capables non seulement de divertir et d’égayer les gens, mais aussi de les diviser. Au moment où la dame à la pochette plastique a entendu la mélodie de la chanson suivante, elle m'a donnée le texte de manière inattendue et m'a dit : « Chante. Je ne chanterai pas ça ». J'ai été surprise et j'ai regardé les paroles, il s'agissait de la chanson allemande « Lili Marlène ». Mais je lui ai répondue, aussi poliment que possible, que je ne savais pas lire en allemand.

Elle a soupiré et m'a répondue : « Je ne veux pas entendre cette chanson, elle me rappelle mon enfance, quand les Allemands ont envahi Paris. Je me souviens, j'avais cinq ans, un soldat allemand m'a tendue un bonbon, je l'ai pris et je l'ai serré dans mon poing. Nous avions faim, nous n'avions pas suffisamment de pain et voilà qu'on me tendait un bonbon. On nous avait dit qu'il ne fallait rien accepter des Allemands, qu'ils empoissaient les bonbons puis les donnaient aux enfants. Vous vous imaginez, un enfant avec un bonbon dans les mains qu'il ne peut pas manger... ».

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Sur le site des « Bachiques Bouzouks » on peut connaître l'avis des fans quant aux émotions procurées par le collectif. Voici l'un d'eux, écrit en anglais : « En me promenant dans le parc du Luxembourg, nous nous sommes retrouvés dans une mer de chansons françaises magnifiques, interprétées par des gens heureux et de tout âge. En ces temps difficiles, la possibilité de chanter et danser renforce l'esprit d'humanité, redonne de l'espoir et remplit d'optimisme. Nous n'avons pas cessé de sourire. La musique réunit les gens. Le couple qui dansait le tango nous a apporté encore plus de joie. Nous étions touchés et heureux de nous être retrouvés dans votre fête. Nous garderons, pour longtemps, un excellent souvenir de notre séjour à Paris ».

*Elisabeth Bourguinat : L'auteur a déjà écrit, dans « l'Observateur russe », à propos de cette parisienne incroyable, active et extrêmement polyvalente, le 18 octobre 2014, dans un article l'Héritière de Jeanne d'Arc après la participation d'Elisabeth aux élections municipales. Cependant, à cause du manque de place, il était impossible de parler de l'activité musicale d'Elisabeth, avec laquelle elle a commencé à œuvrer au sein d’associations.

Si vous aussi vous voulez chanter, vous trouvez toutes les informations nécessaires sur le site du collectif : http://www.bachiquesbouzouks.com

6 commentaires

  1. Барракуда dit :

    Напоминает хор старых большевичек им. Крупской

  2. Пенсионерка dit :

    Барракуде. А молодые не поют, они все как зомби в наушниках качаются в такт тому, что льется в их уши.

  3. Барракуда dit :

    Старые большевички всегда ворчат на молодежь

  4. Адаш Токтосунова dit :

    Такое впечатление, что и я там оказалась, так живо, захватывающе-интересно описывает Гуля это чудное мероприятие. Спасибо тебе, дорогая Гуля!

  5. Behtyf = Барракудe dit :

    Молодой, а ворчишь

  6. Dina A. dit :

    Как интересно написано. А Бузуки звучит по-гречески. Одна моя знакомая, когда оказалась во Франции, надеялась увидеть французов в берете и с аккордеоном, но не удалось. А видела только поющих индейцев и парочку с гитарами в метро.

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