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mardi, 10 décembre 2019
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La langue russe perd progressivement ses positions dans le monde

par Artem Arifov0:04, 4 juin 2019OpinionsImprimer

« Au cours des 20 dernières années, la langue russe a perdu plus de locuteurs que toute autre langue mondiale », déclare Financial Times.

Le ministère de l'Education de Russie annonce dans les médias avoir doublé des dépenses pour des actions en faveur du développement de la langue russe à l'étranger. Le nouveau programme du gouvernement changera-t-il la triste tendance des dernières décennies?

©Artem Arifov

«Il est prévu de dépenser 7,4 milliards de roubles (100 millions d’euros environ) pour la promotion de la langue russe à l'étranger d’ici 2025», déclare le journal russe «Izvestia»  Ainsi, les subventions pour la promotion du russe dans le monde seront d'environ 14 millions d’euros par an. Est-il beaucoup ou peu? Pour répondre à cette question, je propose de comparer les dépenses de la Russie et de la France pour la promotion de leurs langues officielles.

Dans le monde, il y a environ 350 millions de russophones et 300 millions de francophones.

Au cours des 60 dernières années, le nombre de francophones dans le monde a triplé. En même temps, le nombre de russophones a diminué d'un tiers d'après les estimations les plus modestes. Le français est une langue officielle dans 33 pays du monde. La superficie totale de tous les pays francophones dépasse le territoire de la Russie. Le russe est officiel dans trois états post-soviétiques : la Biélorussie, le Kazakhstan et le Kirghizstan.

Quelle est la raison de ce succès évident du système de soutien de la langue de Molière?

La réponse c'est la Francophonie. L’Organisation internationale de la Francophonie regroupe 58 pays qui possèdent de liens culturels exclusifs avec la France. Le terme la «Russophonie» n'existe d’ailleurs pas.

Contrairement à la Russie, où vit la plupart des russophones du monde, la France ne représente que 30% de la Francophonie mondiale. Cela lui permet de financer seulement une partie proportionnelle du budget global de l'organisation internationale, et non pas de prendre en charge toutes les dépenses de l’organisation. La langue française est commune pour tous les pays francophones et ils tous en sont responsables!

Le budget annuel moyen de la Francophonie s’élève à 85 millions d'euros, dont 38 % concernent la langue française et la diversité culturelle et linguistique, 27% les actions relatives à la paix, la démocratie et les droits de l'homme, 17% vont pour l'éducation, la formation, l'enseignement supérieur et la recherche et 12% pour le développement durable, l'économie et la solidarité ainsi que pour le développement de l'organisation et des projets économiques. Le reste est dû au fonctionnement de l'organisation.

Pour essayer de comparer les budgets du soutien des langues russe et française, on pourrait se baser sur les deux composantes du budget de la Francophonie, notamment les dépenses pour la langue française et des subventions pour des projets éducatifs. Elles représentent au total 55% du budget de l'organisation, soit 47 millions d'euros, dont seulement 65% sont pris en charge par la France, soit 31 millions d'euros. Les chiffres sont publiés dans le rapport de l'Assemblée Nationale de 2015.

Chaque année, la France seule dépense deux fois plus que la Russie pour la promotion de sa langue dans le monde.

En outre, le budget de la Francophonie est financé par 57 autres états! Ainsi, les dépenses annuelles pour la promotion de la langue française dans le monde sont à peu près égales aux subventions de la Russie prévues pour la promotion de la langue russe pour les six ans à venir.

Le document principal du programme du soutien des langues natales des peuples de la Russie, y compris le russe, adopté par le Ministère de l’Eduction est disponible sur ce lien: https://docs.edu.gov.ru/document/945997ac798972c086b17a4e4ec0e126/download/1512/

Il dit que l’activité principale de la Russie pour développer la langue russe se déroulera majoritairement dans la région postsoviétique et en particulier dans la CEI (la Communauté des États indépendants). Elle est composée de 9 des 15 anciennes républiques soviétiques. Presque dans tous ces pays la langue russe est l'une des langues officielles. Néanmoins, la Fédération de Russie est la seule à dépenser des millions d’euros pour soutenir la langue russe dans ces pays russophones.

Par exemple, le nombre d'activités visant à élargir la présence de la langue russe dans les pays de la CEI devrait augmenter de 212 en 2019 à 340 en 2025. L'augmentation est aussi prévue pour le nombre des participants. Le gouvernement attend la croissance de 48 500 à 87 500 des participants des évènements exclusifs russophones. La population de la CEI compte 280 millions d’habitants, soit 130 millions sans compter la Russie.

Ainsi, les activités qui coûtent au total 14 millions d’euros pour un budget russe, couvriront environ 0.07% de la population des pays de la CEI.

En plus, la langue russe a un statut officiel dans la plupart des pays postsoviétiques.

Une cinquième partie de toutes les dépenses est consacrée à la création d'une école en ligne et des cours du russe en ligne. Le nombre d'étudiants qui devront suivre la formation en russe devrait s’élever à 80 mille élèves d'ici 2025. Pour cette activité, 20 millions d’euros sont prévus!

En même temps, le programme du développement durable appelé « l'Objectif 2030 », adopté en 2015 par la Francophonie, prévoit la création d'une plate-forme en ligne pour des initiatives participatives citoyennes. Elle vise à réunir des journalistes, des écologistes, des ingénieurs, des travailleurs agricoles, des enseignants et d'autres acteurs de la société civile francophone. Au cours des 4 années, plus de 80 mille spécialistes francophones y ont participé. Des dépenses s’élèvent à 10 millions d'euros (12% du budget total) pour l'ensemble du programme ambitieux de développement durable de la Francophonie, et non pas seulement pour sa partie digitale.

Les écoles russes étrangères sont, quant à elles, presque complètement oubliées par le programme de soutien de la langue russe. Le nombre d'écoles et de classes à l’étranger qui recevront un soutien «organisationnel et méthodique» passera de 130 à 190 d’ici 2025.

Rien qu’en France, il y a plus de 100 écoles russes, y compris les écoles du weekend. Dans le monde entier, selon de différentes sources, il peut y avoir plusieurs milliers.

« Au cours des 20 dernières années, la langue russe a perdu plus de locuteurs que toute autre langue », déclare Financial Times. En 2016, seulement 20% de la population du Kazakhstan a utilisé la langue russe dans la communication quotidienne. Situation similaire est constatée en Estonie (baisse de 33,4% à 23,4%), la Lettonie (de 40,5% à 29,8%) et l'Ukraine (de 33,9% à 24,4%). La situation la plus triste est enregistrée en Géorgie, où le nombre d'utilisateurs réguliers de la langue russe est tombé de 6,4% à 1,1%.

Le nombre de russophones qui a diminué d'un tiers au cours des vingt dernières années n’est pas un hasard. C'est le résultat de la sous-estimation systématique des risques auxquels est confrontée la langue russe.

La Russie a-t-elle de l'argent pour augmenter le soutien financier de la langue de Pouchkine? Oui, bien sûr!

Par exemple, les dépenses prélevées chaque année pour soutenir la langue russe à l'étranger, doublées pour les six prochaines années, sont tout de même douze fois moins élevées que le montant que Kirill Cherkalin, le colonel du FSB, a gardé dans son appartement en espèce. Arrêté en mai 2019, il a battu un record de corruption en Russie en gardant chez lui 160 millions d’euros en liquide. Les sommes confisquées pourraient multiplier par quatre le programme de soutien de la langue russe! Il faut juste en avoir envie...

 

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