{"id":209201,"date":"2017-03-17T10:18:04","date_gmt":"2017-03-17T09:18:04","guid":{"rendered":"http:\/\/rusoch.fr\/?p=209201"},"modified":"2017-06-23T22:40:12","modified_gmt":"2017-06-23T21:40:12","slug":"pochemu-vernulis-stilyagi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/rusoch.fr\/fr\/guests\/pochemu-vernulis-stilyagi.html","title":{"rendered":"Pourquoi les zazous font leur retour en Russie"},"content":{"rendered":"<p>La projection des Zazous (Stilyagui en russe), com\u00e9die musicale r\u00e9alis\u00e9e par Valeri Todorovski, a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des \u00e9v\u00e9nements marquants du festival du cin\u00e9ma russe qui s\u2019est tenu du 6 au 14 mars \u00e0 Paris sous le th\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral \u00ab <a href=\"http:\/\/rusoch.fr\/lang\/fr\/cult\/kinonedelya-kogda-russkie-poyut-otkrylas-v-parizhe.html\">Quand les Russes chantent<\/a> \u00bb.<!--more--><\/p>\n<p><div id=\"attachment_209202\" style=\"width: 578px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"http:\/\/rusoch.fr\/files\/2017\/03\/\u0422\u043e\u0434\u043e\u0440\u043e\u0432\u0441\u043a\u0438\u0439-\u043f\u043e\u0440\u0442\u0440\u0435\u0442.jpg\" rel=\"attachment wp-att-209202\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-209202\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-209202 size-medium\" src=\"http:\/\/rusoch.fr\/files\/2017\/03\/\u0422\u043e\u0434\u043e\u0440\u043e\u0432\u0441\u043a\u0438\u0439-\u043f\u043e\u0440\u0442\u0440\u0435\u0442-568x379.jpg\" alt=\"\" width=\"568\" height=\"379\" srcset=\"https:\/\/rusoch.fr\/files\/2017\/03\/\u0422\u043e\u0434\u043e\u0440\u043e\u0432\u0441\u043a\u0438\u0439-\u043f\u043e\u0440\u0442\u0440\u0435\u0442-568x379.jpg 568w, https:\/\/rusoch.fr\/files\/2017\/03\/\u0422\u043e\u0434\u043e\u0440\u043e\u0432\u0441\u043a\u0438\u0439-\u043f\u043e\u0440\u0442\u0440\u0435\u0442-768x512.jpg 768w, https:\/\/rusoch.fr\/files\/2017\/03\/\u0422\u043e\u0434\u043e\u0440\u043e\u0432\u0441\u043a\u0438\u0439-\u043f\u043e\u0440\u0442\u0440\u0435\u0442-600x400.jpg 600w, https:\/\/rusoch.fr\/files\/2017\/03\/\u0422\u043e\u0434\u043e\u0440\u043e\u0432\u0441\u043a\u0438\u0439-\u043f\u043e\u0440\u0442\u0440\u0435\u0442.jpg 1564w\" sizes=\"(max-width: 568px) 100vw, 568px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-209202\" class=\"wp-caption-text\">\u0412.\u0422\u043e\u0434\u043e\u0440\u043e\u0432\u0441\u043a\u0438\u0439 \u0432 \u041f\u0430\u0440\u0438\u0436\u0435 | V. Todorovski \u00e0 Paris. Cr\u00e9dit photo: Maria Tchobanov<\/p><\/div><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Les com\u00e9dies musicales sont un ph\u00e9nom\u00e8ne assez rare dans le cin\u00e9ma russe.<\/strong><\/p>\n<p>Un genre qui a m\u00eame pratiquement disparu du septi\u00e8me art de la Russie post-sovi\u00e9tique. Le spectateur actuel n\u2019est pas attir\u00e9 par les histoires na\u00efves, dans lesquelles les personnages se mettent subitement \u00e0 danser ou communiquent en chantant. Et pourtant, \u00e0 sa sortie en d\u00e9cembre 2008, Les Zazous est rest\u00e9 perch\u00e9 en t\u00eate du box-office russe pendant plusieurs mois.<\/p>\n<p>La com\u00e9die musicale a soudainement soulev\u00e9 une vague de nostalgie au sein du public et d\u00e9clench\u00e9 une mode d\u2019imitation des stilyagui, ces repr\u00e9sentants d\u2019une sous-culture sovi\u00e9tique des ann\u00e9es 1950. Dans les soir\u00e9es d\u2019entreprise, les bals de promo et les \u00e9missions de t\u00e9l\u00e9vision, on voyait soudain des robes longtemps oubli\u00e9es au style new-look, des vestes \u00e0 carreaux et des cravates aux couleurs improbables, et l&#39;on entendait r\u00e9sonner du swing, du rock\u2019n\u2019roll et du boogie-woogie.<\/p>\n<p>Aux uns, ce film sur l\u2019amour et la volont\u00e9 d\u2019\u00eatre diff\u00e9rent des autres en Union sovi\u00e9tique a rappel\u00e9 leurs ann\u00e9es de jeunesse, pour les autres, c&#39;\u00e9tait une vraie d\u00e9couverte. En effet, le ph\u00e9nom\u00e8ne des stilyagui est pass\u00e9 sous silence dans l\u2019art sovi\u00e9tique et post-sovi\u00e9tique.<\/p>\n<p>Les premiers stilyagui (le terme a \u00e9t\u00e9 introduit par<strong> la revue satyrique Krokodil<\/strong> en 1949 pour d\u00e9signer les imitateurs sovi\u00e9tiques des teddy-boys) ont fait leur apparition \u00e0 Moscou \u00e0 la fin des ann\u00e9es 40. Dans les ann\u00e9es 50, cette sous-culture inspir\u00e9e par le mode de vie am\u00e9ricain, dont les images \u00e9taient principalement tir\u00e9es des films comme Sun Valley Serenade de Bruce Humberstone, gagna toutes les grandes villes du pays.<\/p>\n<p>Les stilyagui affichaient un apolitisme assum\u00e9, un certain cynisme dans les jugements et une attitude n\u00e9gative ou indiff\u00e9rente \u00e0 l\u2019\u00e9gard de certaines normes de la morale sovi\u00e9tique. Les stilyagui se distinguaient par une mani\u00e8re particuli\u00e8re de parler (ils utilisaient un argot sp\u00e9cial) et un int\u00e9r\u00eat vis-\u00e0-vis de la musique et la danse \u00e9trang\u00e8res. Mais c\u2019est bien leur style vestimentaire particulier qui constituait la carte de visite des stilyagui.<\/p>\n<p>L\u2019image des stilyagui \u00e9voluait : v\u00eatements amples aux couleurs vives dans les ann\u00e9es 40, pantalons cigarette au milieu des ann\u00e9es 50, puis habits de marques am\u00e9ricaines achet\u00e9s au march\u00e9 noir ou rapport\u00e9es par les papas-diplomates des voyages \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Enfin, le renoncement \u00e0 la volont\u00e9 d\u2019\u00e9pater ouvertement \u00e0 la fin de<strong> l\u2019\u00e9poque de Khrouchtchev<\/strong>.<\/p>\n<p>Pourtant, dans l\u2019imaginaire du public, le stilyagui typique est toujours v\u00eatu d\u2019un pantalon court tr\u00e8s moulant, d\u2019une chemise de couleur vive, d\u2019une veste \u00e0 carreaux \u00e0 grosses \u00e9paulettes, de bottines \u00e0 haute semelle en caoutchouc ou de chaussures \u00e0 bout pointu, le tout accompagn\u00e9 d&#39;une cravate \u00ab incendie dans la jungle \u00bb ou fine. Les stilyagui avaient les cheveux longs, les filles portaient la coiffure \u00ab Babette \u00bb (comme<strong> Brigitte Bardot<\/strong> dans le film Babette s&#39;en va-t-en guerre) ou des coupes courtes \u00e0 frange.<\/p>\n<p>Les stilyagui voulaient \u00e0 tout prix se d\u00e9marquer et s\u2019opposaient aux autres. Leur mouvement d\u00e9fiait les m\u0153urs \u00e9tablies r\u00e9gies par la r\u00e8gle du \u00ab profil bas \u00bb. Ce comportement \u00e9tait per\u00e7u par les responsables du pays comme un culte de l\u2019Occident et un m\u00e9pris de l\u2019esth\u00e9tique et de la morale du bolchevisme, aussi \u00e9tait-il estampill\u00e9 comme hostile au peuple sovi\u00e9tique.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 50, le jazz et les danses \u00e9trang\u00e8res \u00e9taient pourchass\u00e9s, car consid\u00e9r\u00e9s comme source de perversion des jeunes. Une campagne massive fut men\u00e9e contre les stilyagui, des brigades de komsomol (jeunesses communistes) furent form\u00e9es pour les traquer, leur couper les cheveux et d\u00e9coudre leurs pantalons cigarette. La presse raillait leur apparence et leurs mani\u00e8res. Les stilyagui \u00e9taient r\u00e9guli\u00e8rement exclus du komsomol et des universit\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u2019administration communiste voyait une menace id\u00e9ologique dans l\u2019amour de ces jeunes pour la culture occidentale et, jusqu\u2019au milieu des ann\u00e9es 60, les stilyagui tombaient sous la coupe du principe \u00ab Aujourd\u2019hui il danse le jazz, demain, il vendra sa Patrie \u00bb.<\/p>\n<p>Les stilyagui peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme la premi\u00e8re association informelle de jeunes en URSS. \u00ab Je ne suis ni mieux, ni moins bien que les autres, je veux \u00eatre moi-m\u00eame. Je veux que tout le monde puisse \u00eatre soi-m\u00eame, car nous sommes tous diff\u00e9rents \u00bb, explique le personnage principal du film de Todorovski Mels \u00e0 son ancienne camarade, la responsable du komsomol Katya. Ces propos refl\u00e8tent l\u2019essence-m\u00eame du mouvement des stilyagui.<\/p>\n<p>\u00ab Ce ph\u00e9nom\u00e8ne m\u2019a toujours plu et int\u00e9ress\u00e9, ne serait-ce que parce que, dans un pays si ferm\u00e9, o\u00f9 tout \u00e9tait interdit, ces gens ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00eatre diff\u00e9rents des autres. Je me suis dit qu\u2019une com\u00e9die musicale sur les stilyagui serait tr\u00e8s organique, car la chanson et la danse \u00e9taient pour eux un moyen de s\u2019exprimer et de communiquer avec le monde alentour. Pourtant, ce n\u2019est pas la musique, mais le d\u00e9sir de se d\u00e9marquer de la foule qui \u00e9tait au c\u0153ur de ce ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<blockquote>\n<p>C\u2019est un d\u00e9sir \u00e9ternel, donc le sujet du film est \u00e9galement \u00e9ternel. Quand j\u2019ai montr\u00e9 le film aux \u00c9tats-Unis, l\u2019acteur Tom Hanks m\u2019a \u00e9crit : +\u00c7a parle de moi+. Et ce alors qu\u2019il vivait dans un pays o\u00f9 il n\u2019y avait pas vraiment d\u2019interdits. C\u2019est l\u2019histoire des gens qui veulent avoir leur propre visage. Cela peut s\u2019exprimer de mani\u00e8re tr\u00e8s na\u00efve, avec des chaussettes criardes et des coiffures provocantes, mais cela cache l\u2019envie de se lib\u00e9rer du carcan, d\u2019\u00eatre un individu, de briser les st\u00e9r\u00e9otypes. C\u2019est \u00e7a, l\u2019histoire des stilyagui \u00bb, nous confie Valeri Todorovski.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le r\u00e9alisateur estime que le th\u00e8me des interdits et de la libert\u00e9 est toujours d\u2019actualit\u00e9 en Russie et qu\u2019il restera important pendant encore longtemps. M\u00eame aujourd\u2019hui, en se parant de costumes de stilyagui dans les soir\u00e9es, les Russes cherchent peut-\u00eatre inconsciemment \u00e0 \u00eatre diff\u00e9rents et \u00e0 se d\u00e9marquer, ne serait-ce que pendant quelques heures.<\/p>\n<p>Dans la derni\u00e8re sc\u00e8ne du film, Mels et son amie marchent dans la rue centrale de Moscou entour\u00e9s de milliers de jeunes gens des ann\u00e9es 80, 90 et 2000 \u2013 rockers, goths, rastas, punks \u2013 tous ceux qui n\u2019ont pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 jeter les v\u00eatements gris et \u00e0 devenir diff\u00e9rents, ind\u00e9pendamment de l\u2019\u00e9poque et du r\u00e9gime politique.<\/p>\n<p><em>\u00ab Ce qui nous reste, c\u2019est que les stilyagui, sans exprimer une opinion politique, ont un peu \u00e9branl\u00e9 le syst\u00e8me. Une microfissure s\u2019est form\u00e9e et ils s\u2019y sont engouffr\u00e9s. Certains se sont cass\u00e9s les dents, d\u2019autres ont souffert, mais ils ont \u00e9largi cette fissure. Puis, quelques ann\u00e9es plus tard, tout le monde avait le droit de s\u2019habiller avec des couleurs vives, de danser sur la musique qu\u2019on voulait et de s\u2019embrasser dans la rue. La libert\u00e9 se gagne. Les premiers stilyagui, ceux dont parle mon film, le faisaient au p\u00e9ril de leur vie. Ils ont ouvert la voie \u00e0 des millions de gens qui n\u2019\u00e9taient certes pas des stilyagui, mais qui \u00e9taient plus libres. C\u2019est le sujet qui est au c\u0153ur de mon film \u00bb,<\/em> r\u00e9sume Valeri Todorovski.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/fr.rbth.com\/art\/histoire\/2017\/03\/15\/pourquoi-les-zazous-font-leur-retour-en-russie_719943\">RBTH<\/a><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9sol\u00e9, cet article est seulement disponible en Russe.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":209202,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[3],"tags":[13,217,2894],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/rusoch.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/209201"}],"collection":[{"href":"https:\/\/rusoch.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/rusoch.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/rusoch.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/rusoch.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=209201"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/rusoch.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/209201\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/rusoch.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/209202"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/rusoch.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=209201"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/rusoch.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=209201"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/rusoch.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=209201"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}