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Dans le monde des sables

15 décembre 2013

« Creuser dans le désert un puits avec une aiguille » : cette expression m'est venue en tête pendant que je discutais avec Bernard Remaud, collectionneur de sable. Collectionner des timbres, des cartes postales, des calendriers, des clochettes, des appareils photo. Tout cela est compréhensible et connu. Mais collectionner du sable ? Quelle lubie ? A qui cela peut-il bien venir en tête ?

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Бернар Ремо |Bernard Rеmaud. Photo: Ogoulbibi Marias

Il se trouve que de telles personnes existent et leur passion s'appelle arénophilie. A vrai dire, les vrais arénophiles ne sont pas si nombreux dans le monde. Bernard Remaud m'a prouvée, avec sa collection de plusieurs centaines de sables du monde entier, que c'était une occupation follement intéressante. Il y a peu, dans la ville de Cavalaire-sur-Mer (département du Var), s'est terminé l'exposition de ses collections. Sur les trois mois qu'elle dura, l'exposition de l'arénophile originaire de la ville de Hyères éveilla un intérêt sincère et fut une découverte pour beaucoup. J'ai eu de la chance : je suis passée à la bibliothèque de Cavalaire, où se tenait la collection, juste le jour où Bernard Remaud était présent et répondait aux questions des visiteurs.

Dans la vaste salle, il y avait partout des vitrines, des stands avec des récipients transparents de toutes les formes possibles : éprouvettes, flacons, vases étaient remplis de sables de couleurs et de configurations différentes. On pouvait également admirer de magnifiques photographies de déserts. Il y avait également différents objets issus du sable : coquillages, roses des sables, pierres volcaniques. On pouvait même regarder, sur le sable, de minuscules « foraminifères » à travers une grande loupe. Ainsi se nomment des animaux unicellulaires, vivant dans la mer. Le plus étonnant, ce sont les photos de différents sables comme agrandis par une loupe gigantesque. Grâce à ces photos, tu te rends compte à quel point une poignée de sable se distingue des autres. Sous le microscope, les grains de sable ont l'air incroyablement vivant, je dirais même parfois appétissants.

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Из коллекции Бернара Ремо | Partie de la collection de Bernard Rеmaud. Photo: Ogoulbibi Marias.

Après avoir attendu que tous les visiteurs se soient éloignés de Bernard Remaud, j'entrepris de lui poser des questions.

— Racontez-moi, s'il vous plaît, comment tout a commencé ? Quel sens a votre collection pour vous ?

Vous avez, j'ai commencé comme tout le monde, pour le souvenir. J'ai commencé quand je voyageais en Algérie. Je faisais, à cette époque, un raid en 4X4 pour me promener. On trouve du sable, il est beau, il est fin, à la limite, il est sensuel. Il est tellement fin. On le ramène pour le souvenir, et après, on en ramène un deuxième, et un troisième. Ensuite, vous ramenez le sable non pas pour le souvenir, mais pour la beauté du sable. J'ai commencé comme ça. Et on amasse, on le met dans des bouteilles, dans des boîtes, comme tout le monde ... Beaucoup de gens font ça, et moi, je l'ai développé. Je vous présente 3700 sables ici, et j'en ai le double à la maison. C'est vrai que j'ai une collection importante. C'est une passion, parce que c'est tellement beau, tellement agréable. Ca fait voyager aussi. Parce que, tous mes sables, je sais d'où ils viennent d'une manière très précise ... Faire une collection de sables sans savoir d'où ils viennent, il n'y a aucun intérêt. Il faut donc savoir exactement quelle ville, quel pays, quel plage, quelle rivière, quel lac etc. ... Il faut connaître cela et, à partir de tout ça, vous voyagez aussi. Sur internet, je répertorie aussi sur Google Earth, Encarta.

J'ai commencé réellement la collection à partir du moment où je suis parti à la retraite. Parce que ça prend énormément de temps ... Cela fait une dizaine d'années que je suis à la retraite. C'est à partir de ce moment-là que je me suis plongé carrément dans cette collection et je m'y suis d'autant plus plongé qu'un ami m'a dit : tu devrais faire partie de notre association. Je ne savais pas du tout qu'il existait une association en France : AFA — association francophone d'arénophiles - . On a des règles entre nous : on ne vend pas les sables, les sables ne se vendent pas. Ca, c'est très important. C'est une chose qui m'a beaucoup plu parce que quand vous faîtes une collection d'appareils photos, ils ont de la valeur, des timbres-poste, de n'importe quoi ...ils ont de la valeur. Le sable, cela appartient à tout le monde, on ne le vend pas. Et on essaie de protéger cette déontologie ... 90 % de ma collection, ce sont des sables d'échange. Il y a des gens qui voyagent en 4X4, ils m'amènent des sables ... En plus, j'ai une connaissance allemande, qui est devenu un ami ; il m'a donné sa collection parce qu'il ne pouvait plus s'en occuper. J'ai récupéré 500 ou 600 sables. Ils sont là, dans la vitrine.

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Песок с вулкана Puy de Dôme | Le sable du Puy de Dôme. Photo: Ogoulbibi Marias

Sur l'exposition, ce sont toutes vos photos, de très beaux paysages, mais ce qui frappe avant tout ce sont les photos de grains de sable agrandies cent fois. Comment réussissez-vous cela ?

Ca fait longtemps ..., j'ai travaillé dans la photo il y a 50 ans. C'est mon laboratoire. J'ai tout un matériel. Je prends un sable sous binoculaire, je l'amène ici, je me suis fabriqué ce que j'appelle un ascenseur. J'ai un appareil numérique qui est ici, j'ai un soufflet, des petites optiques à monture courte qui se faisaient il y a 20-25 ans et qui ne se font plus maintenant. Et là, je me suis fabriqué un ascenseur, ce que j'appelle mon ascenseur. J'ai monté, vous savez, un micromètre, un palmomètre, je l'ai coupé et je l'ai monté sur une colonne, c'est-à-dire qu'il pousse cette plaque-là. Il monte ou il descend. Alors, je mets soit mes sables soit mes foraminifères ... Quand vous travaillez trop, trop près, vous ne pouvez pas avoir de profondeur de champ. Si je travaille très près, ça c'est net, ça s'est flou, ce sera flou. Vous êtes d'accord ? Comment je peux faire pour avoir mes foraminifères nets partout ? Mon ascenseur me sert pour faire des photos successivement. Je fais une mise au point ici, je descends d'un 1,5 mm, je fais une photo ici, je descends d'1,5 mm et je fais une photo ici. Tout est bloqué, l'appareil est bloqué, le soufflet est bloqué, tout est bloqué, seul mon ascenseur descend. C'est-à-dire que c'est l'objet que je déplace, ce n'est pas l'optique ... J'arrive à faire 25 photos pour un foraminifère. Et après, j'ai un logiciel qui rassemble toutes les parties nettes. C'est beaucoup de travail. C'est 3 heures pour une seule photo.

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Редкий песок из пустыни в Намибии | Le sable rare du désert de Namibie. Photo: Bernard Rеmaud, sablesdumonde.com

Et comment votre conjointe a-t-elle réagi au tout début de votre collection ?

Vous savez, une collection comme ça, ça coûte moins cher que d'avoir un cheval ou une maîtresse ... (il rit)

Cependant, au début, vous ne saviez pas qu'elle deviendrait votre passion. Vous apportez chaque sable à la maison, lui faîtes une place, encombrez, pour ainsi dire, les pièces ...

Je suis à le retraite, je ne fais plus rien. Mais, n'ayant plus rien à faire, si ce n'est m'occuper du jardin et de la maison. Mais ça ne prend pas tout mon temps. Donc, je suis mieux dans mon laboratoire à m'occuper de tout ça qu'à être dans un bar, à jouer à la belote, à boire de la bière ... J'ai la chance d'habiter à la campagne et d'avoir une grande maison. On a une grande maison de campagne, on a des garages, des remises ; avant, il y avait des voitures. J'ai viré les voitures. Les voitures couchent dehors maintenant. Et les garages, j'en ai fait mes labos, mon show-room.

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Вулканический песок с пляжа о.Бали имеет свойство магнита | Le sable du Bali a des caractéristiques d'un aomant. Photo: Ogoulbibi Marias

J'ai été dans le désert, sur les plages. Il m'a toujours semblé que le sable était partout monotone et similaire. En regardant vos sables dans les éprouvettes, dans les pots, sur les photos, une impression se forme que le sable de chaque endroit est unique ...

Ca, c'est un exemple. Ca, c'est de la plage de Bonporteau à Cavalaire. Ces trois sables ont été pris à 30 mètres d'écart, à 30 mètres de distance les uns des autres.

Pourquoi ?

Les courants ne sont pas les mêmes. Un courant qui passe là-bas n'est pas le même qui passe ici. Dans les sables du désert, c'est un peu pareil. Vous avez une dune qui va être formée par le courant d'un vent qui va venir d'ici et puis, pour la dune d'à-côté, le courant d'air sera dévié et le sable ne sera pas le même. En plus, vous avez la question de la granulométrie. Vous avez des petits grains, des grains moyens, des gros grains ; ils ne vont pas tout au même endroit.

A vrai dire, j'entends pour la première fois le mot « foraminifères » (je le traduits de mon interlocuteur, sur un autre sujet), comment les avez-vous expliqués ici, peut-on se les procurer seulement dans la mer, ils ne sont pas dans les rivières, ni dans les océans, ni dans les déserts. Où plongez-vous et où vous les procurez-vous ? Sont-ils encore vivants ?

Ah non, ils sont déjà morts. Les foraminifères, on les connaît depuis très, très longtemps. Les Grecs en ont parlé, Platon en parlait, Strabon en parlait. Mais c'est une science qui a été développée depuis les années 20, pour la recherche pétrolifère. Maintenant, ils s'en servent pour récupérer la couche géologique. Le tunnel sous la Manche a été creusé, bien sûr guidé par laser, par satellite, bien sûr guidé par les moyens techniques modernes, mais ils sont suivi à la trace une sorte de foraminifère qui se trouvait dans une couche géologique. C'est une couche de craie bleue. Les tunneliers suivaient la trace de ses foraminifères. C'était un des moyens de contrôle. On estime qu'il y avait 50 mille sortes de foraminifères et qu'il en existe toujours environ 10 mille.

Dans l'exposition, j'ai remarqué un stand où il y a une seule éprouvette avec du sable de Russie, du Kazakhstan, de l'Arménie, de la Turkménie ...

J'ai à peu près des sables de 160-165 pays. Il y en a dans 172 pays dans le monde, je crois.

Mais, pour être honnête, j'ai très peu de sable de vos pays. Je n'ai pas de liens avec vos pays. Il est difficile de lier contact. Malheureusement, je ne parle pas anglais. Mais si vous connaissez des collectionneurs de sable, je ferai leur connaissance avec plaisir. J'ai beaucoup de sables à échanger ...

Les yeux de Bernard Remaud s'allument d'un éclat particulier, comme tous ceux des collectionneurs du monde quand un discours touche leur passion. Et je prends congé de lui.

Ogoulbibi MARIAS, traduction Sylvie Pétrosso

Commentaires (5)

  1. Чингачгук, 19 décembre 2013 3:27

    «Вы знаете, такая коллекция стоит дешевле, чем содержать коня или любовницу», — улыбнул дядя. Интересная статья, не знал, что такие ребятки существуют. Фотография с песком из Бали, то же, — сплошная мощь. Хотя, любое коллекционирование всегда попахивает, какой-то сексуальной аберрацией и фетишизмом? Не находите? =))

  2. bernard REMAUD, 20 décembre 2013 0:31

    j'ai beaucoup de sables différents à échanger.

    je recherche des sables de Russie ou autres pays .

    vous pouvez prendre contact avec moi. Merci.

    cordialement.

    B.R.

  3. Wicquart Jean-Marie, 24 décembre 2013 11:26

    Bravo pour cet article d'un journaliste dont le pays n'est pas des plus ouvert. L'arénophillie peut peut-etre rapprocher les peuples non?

  4. « L’ OBSERVATEUR RUSSE » vous informe | Sables du monde, 26 mars 2015 23:11

    […] http:!//rusoch.fr/lang/ru/guests/v-mire-peskov.html […]

  5. Carmintrand Michèle, 24 juin 2015 17:52

    Bonjour,

    Je donne ma petite collection de sable. J'ai du sable de ile de wahiné Tahiti, du sable grenat de la plage convexe de l'île de groix, du Simpson desert Australie, de cape fear Utah USA, du désert du Colorado, ouarzazate, Tunisie plusieurs, djerba, Yémen, margate new Jersey, Sénégal, plage de copacabana, cavalière var, Îles Canaries, Thaïlande et un beau sable bleu d'une pièce de theatre.

    Voilà, si vous êtes intéressé, je vous les donne.

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