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dimanche, 22 septembre 2019
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ALBATROS, LE STUDIO DE CINEMA RUSSE A PARIS

Kira Sapguir, traduction de Alison Périé0:21, 12 décembre 2017Russie IciImprimer

Au centre spirituel et culturel orthodoxe russe situé quai Branly à Paris, s’est tenue l’avant-première du film-documentaire « Albatros, l’aventure cinématographique des Russes blancs à Paris ». Ce long-métrage est consacré aux émigrants russes qui travaillaient dans le milieu du cinéma et qui ont créé en France dans les années 1920 un studio de cinéma « Les films Albatros ».

Le film a été réalisé par la compagnie de cinéma « Russian Affair Production », conjointement avec le studio de cinéma « Sol’ » et avec l’appui du ministère de la culture de la Fédération de Russie, mais aussi avec la participation de la chaîne de télévision « Histoire », le studio « Albatros », le travail collectif de la Cinémathèque française, du Centre National du Cinéma et de l’Image Animée, et du studio Mosfilm.

C’est par un soir de décembre que se sont réunis au Centre du quai Branly les descendants des « Russes blancs ». C’est ainsi que l’on appelle ces exilés de la première vague qui se sont vus obligés de fuir leur pays à cause de la révolution au siècle dernier.

Cent ans plus tard, ces mêmes descendants regardent un documentaire fantastique tourné par la chaîne « Histoire » aux côtés des figures culturelles et des cinéastes français. Etaient présents lors du visionnage M. Patrick Buisson, directeur de la chaîne « Histoire », ainsi qu’Alexandre Moix, réalisateur du film.

Robert Hossein

J’aimerais vous dire quelques mots à propos d’un oiseau que l’on appelle Albatros, a déclaré Alexandre Moix. Un oiseau qui a parcouru mille kilomètres pour atterrir sur les ponts parisiens. C’est une sorte d’oiseau-navire, ayant emporté avec lui des milliers de vies et de destins. Cet oiseau s’appelle Albatros. Je suis tombé amoureux de tous ces inconnus (comme l’avait écrit le poète Villon) chassés de toutes parts, et désormais acceptés de tous. Je m’adresse aux descendants de ces oiseaux migrateurs : mon film est votre film. Je tiens à remercier toute mon équipe d’ornithologues : Patrick Buisson, l’âme de la chaîne « Histoire », Nicolas Yaroshenko, coproducteur du film, M. Kovalevsky, producteur du film, et enfin l’actrice qui a donné sa voix au film, Masha Meril (née Gagarina).

Le film-documentaire commence avec des images d’archives des « jours maudits », racontant en chanson la fantastique odyssée qui a commencé la nuit du 8 octobre 1920 à Yalta, froide et affamée. C’est de là qu’est parti le bateau chargé de malles contenant des bandes cinématographiques, des décorations et des costumes. A bord, se trouvaient des producteurs, des réalisateurs, des scénaristes, des acteurs, des opérateurs et des décorateurs qui poursuivaient leur chemin vers l’étranger après avoir fui la dangereuse montée du bolchévisme en Russie.

La « Société Ermolieff-cinéma » à Montreuil

Joseph Ermolieff (1889—1962) est l’un des pionniers du cinéma russe, qui a commencé par travailler pour Pathé, et fini par créer sa propre compagnie en 1912 à Moscou.

Après la révolution, il a été décidé de nationaliser l’industrie du cinéma, qui était alors considéré comme le plus important de tous les arts. Ermolieff a alors compris que la seule issue possible était la fuite. Lorsque le bateau avait quitté la Crimée, Ermolieff commençait déjà à travailler sur la route, disant que « la fuite n’est pas une excuse pour ne pas travailler ».

Le studio Pathé lui avait loué un local très spacieux qui se trouvait sur le hameau de Montreuil à Paris.

C’est ici que quelques années plus tôt travaillait Georges Méliès. Peu de temps après, Ermolieff s’emparait des locaux de Pathé. En deux temps trois mouvements, le déplorable studio s’est métamorphosé pour devenir un véritable centre de la nouveauté, doté de matériel moderne. Les tout premiers films du « Grand Muet » (c’est ainsi que l’on appelait le cinéma muet) produit par le studio de Montreuil ont connu un succès grandiose.

Sous le plafond de verre du studio, les caméramans tournaient les films. Afin de faire tourner la manivelle de l’appareil de façon régulière, ils marchaient en sifflant. Devant leurs caméras, défilaient une merveilleuse procession d’acteurs et d’actrices, tous dirigés par la vedette du moment.

Ivan Mosjoukine

Il s’agit d’Ivan Mosjoukine, très bel homme et acteur de grand talent. Celui-ci a étudié « La Méthode » (aussi appelée « système Stanislavski »), et a ainsi connu un énorme succès auprès du public. Le studio, créé par Joseph Ermolieff, s’appelait initialement « Ermolieff-cinéma ». Le nom d’Albatros est apparu plus tard, lorsque le talentueux producteur de cinéma Alexandre Kamenka (1888—1969), originaire de la ville d’Odessa, est arrivé au studio.

« Ma place n’est pas devant, mais derrière la caméra », disait-il. En comparaison avec d’autres familles d’émigrés, Kamenka prospérait véritablement. En effet, son père avait réussi à lui envoyer de l’argent vers un compte en banque français, grâce auquel il a pu fonder son studio. Georges Clémenceau avait même proposé à Kamenka père de diriger un fond de restitution après la Première Guerre mondiale.

Au début, c’était uniquement du cinéma russe

Ce n’est que plus tard que les français ont apporté là-bas leurs films. Marcel Carné, Marcel L’Herbier, et Abel Gance faisaient partis de la liste des réalisateurs français. Comme décrit dans le film, Albatros était une sorte de phalanstère. Il n’y avait pas seulement des professionnels expérimentés qui travaillaient au studio, mais aussi des personnes qui n’avaient jamais été impliquées dans l’industrie du cinéma en Russie. « Les gens n’avaient pas de travail, explique Masha Méril, et à l’Albatros, on essayait de leur trouver quelque chose à faire. Parfois, un général tsariste pouvait devenir tailleur, prêtre-cuisinier, ataman Cosaque, lanternier, ou encore professeur des universités, électricien, etc. »

A l’Albatros, on tournait des films particulièrement exotiques : « Le Lion des Mogols », « Shéhérazade », « Les 1001 nuits » sont des exemples parmi tant d’autres. Aujourd’hui il est difficile de se l’imaginer, mais des scènes incroyables ont été tournées dans ces lieux désormais silencieux : des palais et des donjons, des bals et des tempêtes… un merveilleux monde muet en noir et blanc.

Pour le cinéma français, le concept de l’Albatros était tout à fait nouveau. A l’époque, les cinéastes français dessinaient eux-mêmes leurs décors sur le fond sur lequel l’action se déroulait : par exemple, un acteur jouant un cuisinier apparaissait dans une cuisine peinte sur un fond.

La Russie a apporté en France sa façon de faire et ses secrets

Tout d’abord, ils utilisaient un fond lumineux pour le décor : grâce à des réflecteurs de lumière en verre et à des plaques de marbre, les décors devenaient une véritable illusion, presque magique. Ensuite, les prises de vues se faisaient en diagonales et non pas directement afin de donner une impression de perspective et de profondeur.

Une autre différence, à l’instar des américains, résidait dans le fait qu’Hollywood sur Seine (c’est comme ça que l’on surnommait le studio de Montreuil) ne changeait jamais sa distribution : on gardait toujours les mêmes acteurs, qui jouaient dans chaque film. Kamenka ne souhaitait se laisser influencer par les goûts de la majorité : ses films étaient haut-de-gamme et essentiellement des longs-métrages.

Boris Bolinsky, décorateur de génie, costumier et affichiste, travaillait également au studio Albatros. Ses affiches restent, même aujourd’hui, parmi les plus belles de l’histoire du cinéma.

A ce jour, la majorité des travaux du studio est conservée à la Cinémathèque française. Cette organisation à but non lucratif demeure l’une des plus grandes et des plus anciennes archives cinématographiques du monde. C’est grâce à tous leurs efforts que des films tels que « Le Lion des Mogols » ou encore « Le Brasier Ardent » ont pu être conservés et restaurés, et ainsi résister à l’usure du temps. La Cinémathèque possède aujourd’hui une quarantaine de films parmi les soixante réalisés par Albatros.

L’apogée du studio Albatros a pris fin lorsque le « Grand Muet » s’est mis à parler. Cela s’est produit dans les années 1930 en même temps que la Grande Dépression pendant l’entre-deux guerres. Puis dans les années d’avant-guerre, le studio a finalement cessé d’exister.

Un lieu saint n’est jamais totalement désert

De nos jours, le studio est toujours fréquenté. En effet, une nouvelle famille d’oiseaux migrateurs venant d’une Russie déjà soviétique a décidé d’y construire son nid. Cette nouvelle famille est composée des artistes russes issus de la troisième vague d’émigration. Lucien Chemla, directeur actuel de l’association Albatros, les a pris sous son aile. Désormais, la vie artistique bat à nouveau son plein avec des performances, des expositions, des spectacles !

« On peut dire que l’Albatros est en fait un phoenix ! » plaisante Lucien Chemla.

Les étoiles russes ont embelli l’horizon du cinéma français. Parmi eux, on retrouve Jacques Tati, Marina Vlady, Mylène Demongeot, et enfin Robert Hossein, patriarche du cinéma français, qui a honoré de sa présence l’exposition qui se déroule en ce moment même au Centre spirituel et culturel orthodoxe russe du quai Branly.

Robert Hossein parle très bien russe, mais il a préféré prononcer son discours d’ouverture en français :

« Ma langue maternelle est le russe. Mais j’en ai une autre : le français, a-t-il déclaré. Cependant, je vais parler en français car j’ai peur de l’oublier (rires dans la salle). Plus sérieusement, je suis très ému et heureux de voir ce film sur mes camarades russes, compatriotes de Dostoïevski et de Tolstoï, dans ce superbe centre. Par ailleurs, je tiens à préciser que je fêterai mes 90 ans le 30 décembre, et que jusqu’ici je n’ai jamais teint mes cheveux (rires et applaudissements). Un dernier aveu : je compte très bientôt mettre en scène un spectacle, où figureront les acteurs les plus divers, de différentes nationalités et qui parlent beaucoup de langues… si Dieu le veut ».

— Votre film va-t-il sortir au cinéma ? demande Patrick Buisson.

— J’ai bien peur que dans un futur proche, les films Albatros ne seront pas diffusés en salle. Ce long-métrage est notre exclusivité, et nous comptons bien le garder pour nous ! » répond M. Besson.

A votre avis, que signifie ce film pour les contemporains ?

« Ce film, crée l’année du centenaire de la révolution russe, nous aide à porter un regard différent sur la situation actuelle dans le monde, en particulier sur l’immigration et son intégration dans un environnement différent. C’est notamment dans ce contexte que l’expérience des exilés russes est intéressante en tant qu’exemple d’assimilation, mais aussi d’enrichissement mutuel de nos deux cultures… car le passé est inextricablement lié au présent, tout comme l’Histoire est un renouvellement permanent, et un commencement éternel ! »

Фото: Flickr Ambassade Russie

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