Comment Guershenzon a «révélé le secret de Pouchkine»
Livres et bibliophiles : secrets et mystification.

Je m'appelle Vitaly Yakovlev, je suis collectionneur de livres. Grâce à «L’Observateur russe», j'ai l'opportunité de vous parler, chers lecteurs, d’un sujet qui au premier abord peut sembler banal, mais en réalité il cache de nombreux secrets et mystifications.
Je veux vous parler des livres. Vous serez surpris par le nombre d'histoires incroyables liées aux livres, à leurs collectionneurs, aux critiques littéraires et aux écrivains. Je vais essayer de vous plonger, ne serait-ce que pour quelques minutes, dans ce monde fascinant.
Mais ce ne sont pas seulement mes histoires – je suis sûr que vous avez aussi des choses à partager. Si vous connaissez des sujets captivants, des cas ou des mystifications liés aux livres, envoyez vos histoires, et peut-être les plus intéressantes seront publiées dans «L’Observateur russe».
Eh bien, commençons. Voici la première histoire.
Comment Guershenzon a «révélé le secret de Pouchkine»
Au début du XXe siècle, alors que la science historique connaissait un essor fulgurant et que les critiques littéraires russes rivalisaient dans la recherche de nouveaux sens dans les œuvres des classiques, Mikhaïl Guershenzon pensait posséder une véritable sensation.
Il était un historien de la littérature de haut niveau, d'une érudition incroyable, mais aussi un romantique dans l'âme. Guershenzon rêvait non seulement d'étudier les biographies des grands écrivains russes, mais aussi de découvrir en eux des philosophes, des penseurs, des prophètes.
Et voilà qu'il tombe sur une mystérieuse «Table» – un manuscrit contenant des réflexions mystiques sur le destin de la Russie.

Mikhaïl Guershenzon avec sa femme, 1909
Le texte était énigmatique, profond, rempli d'allusions aux images bibliques et aux prophéties historiques. Pour Guershenzon, c'était un moment de triomphe – il pensait avoir découvert un héritage philosophique inconnu de Pouchkine. Après tout, Pouchkine n'était pas seulement un poète, mais aussi un penseur, sensible aux processus historiques !

Alexandre Pouchkine
Guershenzon croyait que le destin lui avait mis ce texte entre ses mains. Peut-être se voyait-il un archéologue découvrant une nouvelle strate de la conscience de Pouchkine, ou comme un détective résolvant une grande énigme littéraire.
Il se mit immédiatement à analyser le texte de la «Table» en détail.
Le langage ? Oh, bien sûr, il ressemblait à celui de Pouchkine ! L'écriture ? Il y avait des similitudes ! Les thèmes ? Évidemment, ceux auxquels Pouchkine aurait pu réfléchir à l'âge mûr !
Il était tellement passionné qu'il n'a pas prêté attention aux détails qui auraient pu l'arrêter : Certains mots de la «Table» sont apparus après la mort de Pouchkine. Mais Pouchkine n'aurait-il pas pu anticiper l'avenir ? Certaines idées philosophiques ne correspondaient pas tout à fait à sa vision du monde. Mais un poète ne pouvait-il pas évoluer ? L'écriture… eh bien, ce n'était pas une copie exacte, mais l'écriture change au fil du temps, non ?
C'est ce qui arrive quand un scientifique veut tellement faire une découverte sensationnelle qu'il ignore les signaux d'alerte.
Le testament philosophique de Pouchkine


En 1905, Guershenzon publia un livre intitulé «La Sagesse de Pouchkine», dans lequel il analysa en détail la «Table» et prouva (selon lui) qu'il s'agissait du testament philosophique de Pouchkine.
Le livre suscita un grand intérêt dans les cercles académiques. Mais… la joie fut de courte durée.
Dès la publication du livre, ses collègues commencèrent à analyser le texte de la «Table» – et c'est là que les problèmes commencèrent :
-
- L'écriture ressemblait davantage à celle de Vassili Joukovski qu'à celle de Pouchkine.
- Le style correspondait plutôt à la période tardive de Joukovski qu'à celle de Pouchkine.
- Certains mots et expressions ne pouvaient pas être de Pouchkine – ils n'apparurent qu'entre 1830 et 1840, après sa mort.
Guershenzon s'était trompé. La découverte grandiose s'avéra être… les réflexions philosophiques de Joukovski.

Vassili Joukovski
Il n'avait pas seulement publié une hypothèse erronée – il avait construit toute une théorie scientifique autour d'elle.
La prise de conscience de son erreur fut un véritable choc pour Guershenzon. Ce n'était pas une simple erreur dans un article – c'était un livre entier, l'une de ses principales œuvres !
Il tenta de racheter les exemplaires du bouquin pour les détruire – mais, bien sûr, il était impossible de tout récupérer. Certains exemplaires avaient déjà été distribués dans les bibliothèques et les collections privées.
Après cela, il ne mentionna plus jamais la «Table» dans ses travaux.
Mais son erreur est entrée dans l'histoire comme l'un des plus grands fiascos de la science russe – un cas où même un chercheur sérieux peut tomber dans le piège de sa propre certitude.
Et maintenant, le livre «La Sagesse de Pouchkine», s'il est en bon état et contient la table, vaut cher. Connaissiez-vous ce fait ? N'hésitez pas à me corriger si je me trompe.
P.S. Si vous avez des livres, magazines, journaux russes (ou des publications sur la Russie) et que vous êtes prêt à vous en séparer, je serais ravi de les acheter. Mon adresse e-mail est vitaliakovlevv@gmail.com, et vous pouvez toujours obtenir mon numéro de téléphone auprès de la rédaction de «L’Observateur russe».
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