Les enfants de Greuze
Les Parisiens, habitants de la ville où l'artiste a passé toute sa vie, l'avaient jusqu'alors complètement ignorés. Jusque là la capitale n'avait accueilli aucune exposition rétrospective de son œuvre.
Pourquoi ? Difficile à dire. Cette année, le Petit Palais s'empresse de corriger ce regrettable oubli avec une grande exposition : « Jean-Baptiste Greuze. L’enfance en lumière ».
Et cela, à l'occasion du tricentenaire de la naissance de l'artiste français.

Les filles de Greuze
On a parfois l'impression que Greuze est plus connu en Russie, et plus particulièrement à Saint-Pétersbourg. L'Ermitage possède une collection considérable de ses tableaux. Et ce n'est pas étonnant, puisque c’est Denis Diderot en personne qui a acquit des œuvres d'art pour Catherine la Grande.
Diderot était son plus fervent admirateur. Il rédigeait une critique élogieuse pour chaque tableau de Greuze exposé au Salon annuel. L'encyclopédiste avait raison, car l'artiste exprimait avec brio l'une des idées fondamentales des Lumières : la nécessité d'accorder le plus d'attention possible à la jeune génération. Éduquer, prendre soin d'elle, inculquer les valeurs familiales.
Oui-oui, ce n’est pas une blague, les philosophes du siècle des Lumières ont élevé le rôle de la famille sur un piédestal. Pour eux, la famille représentait l'unité clé de la nation. Et c’est dans le milieu familial que l’enfant doit apprendre les principes collectifs fondamentaux.

«Le gâteau des rois»
Il est étonnant que trois siècles plus tard, à nous qui vivons dans une réalité différente, les plus grands esprits du passé envoient des signaux didactiques aussi clairs
Le siècle des Lumières, où Jean-Baptiste Greuze a vécu et travaillé, a accordé une attention particulière à l'enfance. Auparavant, les enfants n'intéressaient personne (sauf ceux des têtes couronnées). On attendait qu'ils atteignent l'âge adulte. De petites créatures sales, bruyantes, perpétuellement malades et souvent mourantes en bas âge : telle était l'image dominante des enfants dans la société.
C'est Diderot, Rousseau et Condorcet qui ont commencé à parler de la jeune génération sous un angle totalement différent. À savoir, que l'avenir leur appartenait, qu'ils devaient créer une nouvelle société fondée sur la connaissance, le savoir-faire et la culture. Et, selon ces philosophes, la famille doit, avant tout, élever cette nouvelle génération.
Au sein de la famille, les enfants doivent être aimés, éduqués et nourris. Telle était l'affirmation fondamentale de ces penseurs

«Jeune bergère effeuillant une marguerite», «Jeune berger tenant un pissenlit»
Les opinions de Greuze coïncidaient favorablement avec celles des Encyclopédistes. Ce que Diderot écrivait sur le papier, Greuze le transposait sur la toile. Il peignait souvent les enfants – les siens, ceux de son entourage, de ses connaissances et des mécènes, puis vint le tour des petits bourgeois. La maternité et l'allaitement comme premier élément de l'éducation, le rejet des nourrices, chez qui les enfants étaient confiés loin des yeux de leurs parents : l'artiste a exploité ces thèmes sans difficulté. Une bonne mère doit élever elle-même ses enfants, et ce leitmotiv accompagne nombre de ses tableaux. Il a également peint des scènes de soirées familiales, dans lesquelles un père lit la Bible entouré de sa nombreuse progéniture, ou toute la famille se réunit autour de la table pour le gâteau de Noël.
« La dame de charité » est considéré comme son chef-d'œuvre. Sur ce tableau une femme riche apprend à sa jeune fille à aider les pauvres et les malheureux.

«La dame de charité»
L'artiste n'a pas hésité à évoquer des erreurs d'éducation qui ont poussé des fils à quitter le foyer paternel. Il représentait des querelles familiales dont des enfants ont été témoins. En bref, dans ses tableaux, tout était aussi complexe que dans la vie.

«La malédiction paternelle»
Une salle de l'exposition est consacrée au thème de l'éveil des premiers sentiments et à la cruauté du monde adulte à laquelle les jeunes filles étaient confrontées, notamment de la part des vieillards. L'artiste a su rendre avec subtilité le teint de porcelaine, le regard perplexe, les ombres des cils et la soie froissée des vêtements.

«La cruche cassée»
Jean-Baptiste Greuze était adulé par la critique et acclamé par le public aux Salons annuels.
Ses contemporains écrivaient que les femmes s'évanouissaient devant ses toiles. Il avait un don incomparable pour exprimer l'âme d'un enfant. On lui accorda un atelier personnel au Louvre. Mais l'Empire napoléonien arriva et les goûts changèrent. Jean-Baptiste Greuze mourut dans la pauvreté, délaissé, entouré de ses deux filles.
Au Petit Palais
Jusqu'au 25 janvier 2026
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Спасибо
Очень интересно
Очень интересно! Выходит,что художник был не только прекрасным живописцем, но и и воспитателем, педагогом.
Спасибо ! Весьма познавательно и поучительно !